L'Évaluation du risque

Qu'est-ce que l'évaluation du risque et de la dangerosité?

L’évaluation du risque est un processus au cours duquel des données sont recueillies et analysées afin d’estimer les chances qu’une personne commette de nouveaux actes délinquants (violence, violence sexuelle, ou autres types de comportements socialement déviants) dans le futur. Pour sa part, l’évaluation de la dangerosité s'intéresse en plus des aux caractéristiques de cette récidive, si elle survient, en termes de nature, de contexte, de choix de victime, de gravité, d’imminence et de fréquence. Elle porte aussi  sur les stratégies qui peuvent être appliquées pour maîtriser le risque.

Il est utile de situer la problématique de la personne évaluée, en l'occurrence le comportement violent, sexuel inapproprié, menaçant, ou délinquant dans le contexte de l'histoire de la personne.

Donc, en plus de l’examen des circonstances ayant mené à la demande d’évaluation, le rapport contiendra des informations à propos: de la famille d’origine de la personne évaluée, de son enfance, de son cheminement scolaire, de ses expériences d’emploi, de ses fréquentations sociales, de ses relations de couple et de sa sexualité, de son usage d’alcool, de drogue et d’autres comportements à potentiel d’addiction (p.ex., jeux d’argent, internet, pornographie), de sa santé mentale, de ses antécédents criminels (officiels et officieux), de ses loisirs, etc. 

La qualité de l'évaluation du risque dépend en grande partie de la quantité et de la qualité des renseignements disponibles concernant la personne évaluée. Il n'est généralement pas recommandé de se fier uniquement à la parole de la personne évaluée dans un contexte d'évaluation psycho-légale. Les informations rapportées par la personne évaluée doivent être valider par d'autres sources de renseignement comme des rapports d'enquêtes, des compte rendus de suivis et d'évaluations psychologiques ou psychiatriques antérieures, le casier judiciaire, le dossier carcéral, des jugements de la Cour, des entretiens avec des proches, etc.

Les renseignements recueillis sont analysés suivant l’approche de la Psychologie du comportement criminel (Andrews & Bonta, 2017). La psychologie du comportement criminel cherche à expliquer les variations individuelles du risque de récidive criminelle ainsi qu’à proposer des stratégies de gestion en s’appuyant sur des données empiriques. Elle s’intéresse aux caractéristiques personnelles, à l’environnement social et aux sources de renforcement et de dissuasion les plus associés à la récidive criminelle, de même qu’aux méthodes les plus empiriquement soutenues afin d’influencer à la baisse le risque qu’un individu commette de nouveaux délits. Huit domaines fortement associés au risque de récidive criminelle générale ont été identifiés par les auteurs, à la suite d’une analyse exhaustive de la littérature scientifique et de leurs propres recherches. Chacun des domaines peut agir comme un facteur de risque, c'est-à-dire, qui augmente la probabilité de comportements criminels, ou au contraire, comme facteur de protection, c’est-à-dire, qui diminue la probabilité de comportements criminels.

Les huit domaines de risque général

(1) L’histoire criminelle : La précocité et la variété des comportements délinquants en termes de natures et de contextes (p. ex., communauté, établissement) de même que l’échec des périodes de surveillance dans la communauté augmentent le risque de récidive. À l’opposé, l’absence ou la rareté des antécédents de comportements délinquants diminue le risque de récidive.

(2) Le mode de comportement antisocial : La présence d’impulsivité, de goût du risque, de recherche de gratifications immédiates, d’une tendance à s’attirer des problèmes, d’agitation, d’agressivité et d’une absence de considération pour les autres, augmente le risque de récidive. Ce portrait s’approche du diagnostic de trouble de la personnalité antisociale présenté dans le DSM-5 (APA, 2015) et de la psychopathie décrite par Robert D. Hare (2003). À l’opposé, la présence d’un haut niveau de contrôle de soi et d’une attitude réfléchie, agréable et sensible aux autres est associée à une diminution du risque de récidive.

 

(3) Les cognitions criminelles : La présence d’attitudes, de valeurs, de croyances, de rationalisations et d’une identité personnelle favorables au crime (en général ou à certains types de crimes en particulier), souvent accompagnée de colère, d’irritabilité, de ressentiment et d’opposition, augmente le risque de récidive. À l’opposé, le rejet des sentiments antisociaux et la construction d’une identité explicitement anticriminelle et prosociale sont associés à une diminution du risque de récidive. 

(4) Les fréquentations procriminelles : La fréquentation d’individus procriminels et l’absence de fréquentations prosociales sont associées à une augmentation du risque de récidive. À l’opposé, la présence de relations proches avec des personnes anticriminelles et l’absence de fréquentations antisociales sont associées à la diminution du risque de récidive. 

(5) Les circonstances familiales et conjugales : La présence d’attitudes neutres ou favorables envers le crime et la surveillance, de même que des relations conflictuelles, froides, insatisfaisantes ou absentes avec la famille d’origine et le partenaire intime sont associées à une augmentation du risque de récidive. À l’opposé, la présence de relations proches et supportantes, en combinaison avec des attitudes anticriminelles et un niveau de surveillance élevé de la part de la famille et du partenaire intime sont associées à une diminution du risque de récidive. 

 

(6) L’éducation et le travail : Un faible niveau de scolarité, des problèmes de fonctionnement à l’école (expulsion), l’inemploi, le faible niveau de performance à l’emploi et les mauvaises relations avec les collègues et les supérieurs sont associés à une augmentation du risque de récidive. À l’opposé, la présence d’une formation scolaire ou professionnelle facilitant l’accès au travail, d’un fort attachement aux collègues de travail et aux figures d’autorité, d’un bon rendement et d’un niveau élevé de satisfaction au travail est associée à une diminution du risque de récidive.

 

(7) L’abus de substances : La présence d’antécédents de problèmes d’utilisation de drogue et d’alcool, mais surtout de problèmes actuels liés à la consommation de substances, est associée à une augmentation du risque de récidive. À l’opposé, l’absence d’antécédents d’usage risqué de substances et une attitude négative envers l’abus de substance sont associées à une diminution du risque de récidive.

(8) Les loisirs et les temps libres : Un faible niveau d’implication et de satisfaction dans des activités anticriminelles est associé à une augmentation du risque de récidive. À l’opposé, la poursuite d’activités organisées prosociales et l’utilisation constructive des temps libres sont associées à une diminution du risque de récidive.


 

 
L'évaluation du risque de délinquance sexuelle

Les personnes qui commettent des délits sexuels, particulièrement celles qui commettent des délits sexuels à l'égard d'enfant sont généralement extrêmement mal perçues par le public et même par les personnes ayant commis d'autres type de délits. Elles sont 

En général, la perception véhiculée par les médiats, des délinquants sexuels, particulièrement des auteurs de délits à l'encontre de mineurs, est que tous, ou presque, récidivent. Qui plus est, selon l'opinion publique, ce sont des délinquants spécialisés, c'est-à-dire qu'ils récidivent presque exclusivement dans des délits de nature sexuelle. Mais cette image reflète-t-elle la réalité de manière appropriée?

Les données empiriques ne supportent pas l'idée selon laquelle tous ou presque tous les délinquants sexuels récidivent. Par exemple, une étude portant sur 21 échantillons, totalisant 7740 de délinquants sexuels suivis en moyenne durant 8,2 ans, trouve un taux de récidive de 12,9% (nouvelles accusations ou condamnations pour des délits sexuels; Hanson et coll., 2014).  Même si ce chiffre représente une sous-estimation du taux de récidive réel, puisque tous les récidivistes ne sont pas attrapés, cela suggère néanmoins que le taux de récidive n'est pas aussi élevé qu'on le croit généralement. 

La recherche n'appuie pas non plus, l'idée reçue selon laquelle les délinquants sexuels sont une classe de criminels à part des autres et qu'ils se "spécialisent dans les délits sexuels". En effet, lorsque les taux de récidive généraux (tout délit) et sexuels d'un échantillon de 611 délinquants sexuels canadien (Hanson, Helmus, & Harris 2015) sont respectivement de 29,5% et 10,8%. En d'autres termes, 63,4% de toutes les récidives commises par des délinquants sexuels ne contiennent pas de délits de nature sexuelle.

Il est cependant vrai que les délinquants sexuels ont plus de chance de commettre un nouveau délit sexuel que les autres délinquants (Soothill et coll., 2000). Par ailleurs, tous les délinquants sexuels ne présentent pas le même risque de commettre de nouveaux délits en général, et sexuels en particulier. 

En plus des facteurs du "Big Eight" mentionnés dans la section "Sur quoi se base l'évaluation du risque?" qui demeurent tout à fait pertinents pour l'évaluation du risque chez les délinquants sexuels, d'autres facteurs, prédisent également la récidive sexuelle. Parmi eux, notons:

 
 
L'évaluation du risque de violence conjugale

Malgré la grande prévalence de la violence conjugale et les conséquences de celle-ci, les recherches sur l'évaluation du risque de récidive des auteurs de violence conjugale sont relativement rares. Donald Andrews et James Bonta (2017) ont synthétisé les résultats de diverses recherches sur le sujet.

 

Ils concluent que les récidivistes de violence conjugale partagent beaucoup de caractéristiques communes avec les délinquants généraux. Ils présentent, pour la plupart des antécédents de délits d'autres natures; et leur taux de récidive dans des délits non conjugaux est encore plus élevé que leur taux de récidive dans des délits de violence conjugale. Les facteurs de l'histoire criminelle qui prédisent la récidive générale prédisent également la récidive de violence conjugale. La présence de traits antisociaux est commune chez les auteurs de violence conjugale. Il se pourrait cependant que certaines caractéristiques de cette personnalité jouent un rôle particulier dans la récidive conjugale. Ces caractéristiques comprennent: l’impulsivité, des tendances colériques, un manque d'intelligence émotionnelle (capacité à comprendre ses propres émotions et celle des autres), et une peur de l'abandon si intense qui les poussent à utiliser la violence afin de maintenir le contrôle sur la relation.  

Les attitudes envers les femmes, notamment les valeurs patriarcales, jouent également un rôle significatif dans la prédiction du recours à la violence conjugale chez les hommes. Les valeurs et attitudes patriarcales incluent la jalousie sexuelle, le fait de croire que l'homme a le contrôle sur sa femme et qu'il peut utiliser de force "pour la garder dans le droit chemin". L'association à des personnes partageant également de telles valeurs serait également associée à la récidive conjugale.

La détresse maritale et l'abus d'alcool semblent jouer un rôle particulièrement important dans la violence conjugale, plus encore que dans la criminalité générale. Les auteurs de violence conjugale qui montrent une insatisfaction intense et chronique présentent un risque accru de récidive. Les auteurs de violence conjugale montrent également un risque plusieurs fois plus élevé de commettre des actes de violence envers leur conjointe les jours où ils sont intoxiqués comparativement aux jours où ils ne le sont pas.  

La présence de symptômes dépressifs pourrait également augmenter le risque de récidive conjugale. Toutefois, les recherches ne sont pas unanimes à ce sujet. 

L'évaluation du risque de conduite avec les facultés affaiblies

La recherche suggère que les facteurs causaux de la conduite avec les facultés affaiblies (CFA) sont une combinaison d’alcoolisme (ou de dépendance à l’alcool) et de processus de prise de décision à haut risque de la part d’individus qui n’ont pas un niveau de maîtrise ou de contrôle de soi suffisant pour résister à l’impulsion de conduire intoxiqué (Keane, Maxim, & Teevan, 1993). La CFA prend racine dans des processus complexes d’apprentissage social et de facteurs psychologiques qui encouragent des attitudes antisociales, des désirs, des motivations et des rationalisations qui rendent acceptable la violation de la loi (Akers, 1998; Andrews & Bonta, 2010). Cette perspective suggère que les récidivistes de la CFA sont plutôt des délinquants généralistes que « spécialistes » (Gottfredson, & Hirschi, 1990).

 

Simpson et Mayhew (1991) ont suggéré qu’il y a 2 types généraux de délinquants de CFA : le social et l’invétéré. D’autres analyses révèlent que moins de 5 % des conducteurs sont responsables d’environ 80 % des délits de CFA (Beirness, Simpson, & Desmond, 2003). Un organisme américain, la National Highway Traffic Safety Administration (1995), indique qu'environ un conducteur obtenant un taux d’alcool sanguin d’au moins 0,08 g/dl sur trois est un récidiviste. Environ, 9% des conducteurs présentant un d’alcool sanguin d’au moins 0,08 g/dl impliqué dans des accidents mortels sont des récidivistes (NHTS, 2017).

 

Les chercheurs continuent à étudier les différences entre les délinquants qui en sont à leur première offense en lien avec la CFA et les auteurs de multiples récidives de CFA. Cavaiola et ses collaborateurs (2003) n’ont pas trouvé de différences entre le taux d’alcool sanguin des deux groupes (récidivistes et non récidivistes) au moment de leur arrestation la plus récente. Ces auteurs n’ont pas non plus trouvé de différences entre les 2 groupes concernant les résultats d’échelles psychologiques mesurant des concepts comme la dépression, la manie et les traits psychopathiques.

 

Dans une étude longitudinale, Caviola et ses collaborateurs (2007) ont cherché à isoler les caractéristiques d’auteurs de CFA multiples qui ont été suivis durant une période de 12 ans. Les auteurs ont étudié 77 délinquants condamnés pour la première fois pour CFA, dont 38 % ont par la suite été condamné pour au moins un autre délit de CFA. Ils n’ont pas trouvé de différences significatives en ce qui concerne le taux d’alcool sanguin au moment de l’arrestation, les troubles autorapportés liés à l’usage d’alcool ou le potentiel d’alcoolisme. Cependant, dans d’autres études, il a été trouvé que les auteurs de multiples récidives de CFA avaient une alcoolémie plus élevée au moment de leur arrestation (Chang, Gregory, & Lapham, 2002; cité dans Lowe, 2014). Des différences entre ces groupes ont cependant été trouvées en ce qui concerne le niveau d’honnêteté ou de duperie. Les multirécidivistes de la CFA étaient plus enclins à être malhonnêtes que les délinquants condamnés pour une première offense en lien avec la CFA. De plus, les multirécidivistes de la  CFA avaient significativement plus d’infractions au Code de la route.

 

D’autres recherches ont trouvé des différences dans des facteurs démographiques entre les 2 groupes. C’ de Baca et ses collaborateurs (2001) ont trouvé que les récidivistes en CFA avaient plus de chances d’être jeunes (moins de 29 ans), célibataires, de sexe masculin, moins scolarisés (moins de 12 années de scolarité) et hispaniques. Chang et ses collaborateurs (2002; cité dans Lowe, 2014) ont trouvé que l’âge et le niveau d’éducation étaient parmi les meilleurs prédicteurs de la récidive. Plus spécifiquement, les délinquants plus jeunes (16 à 25 ans) et moins scolarisés (12 années et moins) avaient plus de chances d’être condamnés pour un nouveau délit en lien avec la CFA.

 

À ma connaissance la tentative la plus récente de construire un instrument capable de prédire la récidive chez les auteurs de CFA a été réalisée  à partir d’un échantillon de 948 délinquants condamnés pour CFA dans quatre états américains, par Lowe pour le compte de l’American Probation and Parole Association (2014). Le chercheur a colligé des données et tenté de construire un instrument (actuariel) capable de prédire la récidive chez les auteurs de CFA. Ses données étaient notamment tirées d'un instrument actuariel de prédiction de la récidive criminelle générale et d’échelles d’évaluation de troubles liés à l’usage de substances. Les variables identifiées dans son instrument  concernent:

 

La consommation de drogue et d’alcool: problèmes de consommation d’alcool (abus, fréquentation de bars, blackouts, symptômes de sevrage); usage de cannabis; usage de drogue autre que l’alcool et le cannabis; infractions au Code de la route; et conduite dangereuse.

 

La non-conformité au système légal: nombre d’arrestations (avant 18 ans et après 17 ans); nombre d’arrestations pour CFA; durée totale des probations antérieures; révocation de la probation; durée totale des incarcérations; usage de drogue autre que l’alcool.Le fonctionnement psychosocial: symptômes dépressifs, anxieux et colériques; consultations antérieures en santé mentale; l’utilisation  de substances pour se sentir moins déprimé; problèmes professionnels et financiers.

 

La reconnaissance et la motivation: perception de la CFA comme un problème grave; acceptation du blâme pour la CFA; reconnaissance d’un besoin d’aide pour des problèmes d’alcool ou de drogue; antécédents de participation à un programme de sensibilisation à l’alcool.

 
Les troubles mentaux

L'image souvent véhiculée dans les médias et dans l'opinion publique est que les troubles mentaux sont fréquents chez les criminels et que les troubles mentaux augmentent les risques de criminalité et de violence. Mais jusqu'à quel point ces perceptions sont-elles justes?

Il est vrai que le taux de troubles mentaux est probablement plus élevé chez les délinquants, du moins, chez les délinquants incarcérés. Par exemple, une étude menée par le Service correctionnel du Canada (2015) auprès de 1110  détenus, indique que 70% d'entre satisfont les critère diagnostiques d'au moins un trouble mental. Plus précisément, 16,9% présentaient un trouble de l'humeur (dépression majeure, trouble bipolaire); 3,36% présentaient un trouble psychotique (schizophrénie, trouble délirant, etc.); 49,6% présentaient un trouble lié à l'alcool ou à une autre substance; 29,5% présentaient un trouble anxieux; 0,8% présentaient un trouble alimentaire; 5,97 présentaient un jeu pathologique; 15,9% présentaient un trouble de la personnalité borderline; et 44,1% présentaient un trouble de la personnalité antisociale.

Toutefois, peu de troubles mentaux spécifiques sont associés à une augmentation du risque de récidive criminelle. En fait, parmi les troubles spécifiques considérés, seuls les troubles liés à l'usage d'alcool et d'autres substances; les troubles paraphilques (déviances sexuelles; pour les délits sexuels seulement); les troubles de la personnalité et particulièrement le trouble de la personnalité antisociale/psychopathique; et dans une moindre mesure, la déficience intellectuelle (récidive générale seulement) ont été associés à une augmentation du risque de récidive criminelle. Aucun trouble de l’humeur (p. ex., dépression majeure, trouble bipolaire) ou trouble psychotique (p. ex. schizophrénie) n’a été associé à une augmentation du risque de récidive. Qui plus est, les mêmes facteurs de risque/besoins criminogènes sont associés à la récidive chez les délinquants souffrants de troubles mentaux et chez les délinquants de la population générale (Bonta, Blais, & Wilson, 2013; Bonta, Law, & Hanson, 1998). 

Cela dit, il est vrai qu'un type particulier de manifestations, surtout associées aux troubles psychotiques, les symptômes de "Treath/Controle Override", que l'on pourrait approximativement traduire par symptômes de "Menace/Influence" est associé à une augmentation du risque (Adrews & Bonta, 2010). Ces symptômes sont caractérisés par:

 

  • Des délires persécutoires, c'est-à-dire des croyances grossièrement erronées, dont le "thème délirant central comporte la conviction que l’on complote contre le sujet, qu’il est trompé, espionné, poursuivi, empoisonné ou drogué, diffamé avec méchanceté, harcelé ou entravé dans la poursuite de ses buts à long terme" (APA, 2015); 

  • Des délires d'insertion ou de vol de pensées, c'est-à-dire des croyances grossièrement erronées dont le thème délirant central comporte la conviction que les pensées de la personne ont été insérées ou retirée de son esprit par une autre personne ou une force extérieure;

  • Des délires de contrôle, c'est-à-dire des croyances grossièrement erronées dont le thème délirant central comporte la conviction que son comportement est contrôlé par une autre personne ou une force extérieure.

Toutefois, la présence de pensée violente est un meilleur prédicteur de la récidive violente que la présence seule de symptômes TCO. Par exemple, un individu présentant un délire consistant à croire qu'il est suivi par des agents secrets qui veulent l'enlever, aura plus de chance de commettre des actes violents s'il admet être prêt à frapper ou à tuer pour se défendre de ces hommes, que s'il croit qu'il ne peut rien y faire pour s'en sortir et qu'il se résigne à demeurer passif. C’est donc plutôt le contenu du délire et les attitudes face à ce délire qui sont à l’origine de l’augmentation du risque et non la présence d’un trouble psychotique en tant que tel, car la plupart des personnes qui présentent de tels troubles ne représentent pas un risque de criminalité ou de violence significativement plus élevé que la population générale. 

De la même manière, le fait d'être déclaré non responsable d'un délit pour cause de troubles mentaux (article 16 du Code criminel du Canada) n'a pas de lien avec le risque de récidive et la dangerosité. En effet, certaines personnes qui ont été jugées non responsables des délits criminels qu'elles ont commis, car elles étaient incapables de juger que ce qu'elles faisaient était mal, en raison d'un trouble mental, présentent un risque de récidive faible alors que d'autres présentent un risque de récidive élevé. 

Quel que soit son lien avec la récidive, la santé mentale demeure un aspect important à évaluer dans le contexte d'une évaluation du risque. En effet, la présence de troubles mentaux peut diminuer la réceptivité des délinquants face à des interventions destinées à gérer le risque. Par exemple, une personne dépressive, activement psychotique ou socialement anxieuse risque de tirer peu de bénéfices d’une intervention de groupe visant les attitudes procriminelles. Le fait de traiter le trouble mental de cette personne risque d’avoir peu d’effet sur son risque de commettre des actes délinquants dans l’avenir. Toutefois, sa condition mentale stabilisée, elle pourra bénéficier des programmes de gestion du risque, qui eux sont susceptibles de réduire son risque de récidive. 

Qui plus est, pour des motifs humanitaires évidents, il serait barbare de laisser quiconque présentant des problèmes de santé mentale ou une autre forme de souffrance morale sans lui proposer une assistance. 

 

© 2018 par M.-A. Lamontagne, M.Ps., psychologue